Justice pour Chebeya

Le 02 avril Félix à Dakar pourrait être l’occasion de réactiver la justice sénegalaise sur le cas de Mwilambwe, témoin clé de l’assassinat de Chebeya et Bazana ?

La venue à Dakar du nouveau président protocolaire Félix Tshisekedi peut-elle accélérer la justice sénégalaise ? L’avocat de Paul Mwilambwe veut y croire. Surtout qu’il y a un peu plus d’une semaine, le président nommé Tshisekedi a déclaré vouloir suivre le dossier Chebeya de près. Selon Paul Nsapu, le secrétaire général de la FIDH, « Félix Tshisekedi tient à ce que toute la lumière soit faite sur la mort de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana, et a dit qu’il va donner l’occasion aux familles des victimes de faire prévaloir leur droit ». L’avocat de Paul Mwilambwe a préparé un dossier complet qu’il compte remettre au président congolais et à son équipe, et espère que le cas Mwilambwe soit évoqué entre les deux présidents.

 

Paul Mwilambwe est né en République démocratique du Congo (RDC) 1973. Il est devenu commandant dans la Police nationale congolaise (PNC) en 2010. Mwilambwe était notamment responsable de la sécurité du général John Numbi, anciennement à la tête de la PNC. Le 1 juin 2010, Floribert Chebeya, directeur général de l’ONG « Voix des sans voix » (VSV), une organisation de défense des droits de l’homme, et son collègue et conducteur, Fidèle Bazana, également un membre de l’association, se sont rendus dans les locaux de la PNC afin d’y rencontrer Numbi. Le jour suivant, Chebeya a été retrouvé mort dans sa voiture tandis que Bazana avait disparu. Après les faits, le policier avait pris la fuite en Beligique quelque mois et puis le Sénegale, où il avait dénoncé devant le cinéaste Thierry Michel l’implication de John Numbi dans l’assassinat et la disparition de Chebeya et Bazana. Devant l’émotion internationale provoquée par l’affaire, John Numbi avait été suspendu et huit policiers, dont Paul Mwilambwe, inculpés. Après un procès émaillé de nombreuses irrégularités, cinq policiers sont finalement condamnés, dont quatre à la peine de mort et un à perpétuité. Paul Mwilambwe réussit à prendre la fuite et se réfugie au Sénégal.

Numbi, avec l’aide de Mwilambwe et de sept autres officiers de police, auraient torturé et assassiné Chebeya et Bazana dans les locaux de la station de police le 1 juin 2010.
Le 23 juin 2011, la Cour a rendu son verdict. Trois policiers ont ainsi été acquittés, et cinq autres, dont Mwilambwe, ont été déclarés coupables du meurtre de Chebeya et de la détention illégale de Bazana, dont le corps n’a à ce jour toujours pas été retrouvé. Mwilambwe a été condamné à mort. Lors du procès, Mwilambwe a quitté la Belgique et s’est installé au Sénégal.

Le 2 juin 2014, les familles des victimes ont porté plainte au Sénégal contre Mwilambwe pour actes de torture, sur le fondement d’une loi du 12 février 2007 conférant une compétence universelle aux tribunaux nationaux. Cela fait maintenant plus de cinq ans que le major de la police congolaise est réfugié au Sénégal, en attente d’un procès et d’un jugement. Paul Mwilambwe est le témoin capital de l’un des meurtres les plus médiatiques de République démocratique du Congo (RDC) : celui du célèbre défenseur des droits de l’homme de la Voix dans sans voix (VSV), Floribert Chebeya, en juin 2010. Le jour du double meurtre de Floribert Chebeya et de son chauffeur, Fidèle Bazana, Paul Mwilambwe était en charge de la sécurité du bureau du Général John Numbi, le chef de la police congolaise. Et il affirme avoir tout vu.

En choisissant Dakar, l’objectif de Paul Mwilambwe était de profiter de la compétence universelle de la justice sénégalaise pour enfin témoigner de ce qu’il a vu devant un tribunal indépendant. Jusque-là, Paul Mwilambwe avait estimé que la justice congolaise n’avait pas cherché à remonter la chaîne des responsabilités du meurtre de Chebeya jusqu’à John Numbi et à son commanditaire premier, l’ancien président Joseph Kabila. Mais à Dakar, la justice traîne. Cinq ans après l’inculpation de Paul Mwilambwe pour meurtre, le procès du témoin clé de l’affaire Chebeya se fait toujours attendre. Après avoir jugé Hissène Habré, la justice sénégalaise a freiné des quatre fers sur le cas Mwilambwe. Ce procès aurait pu entamer les bonnes relations entre le pouvoir sénégalais et Joseph Kabila. Mais maintenant que le président Kabila n’est plus chef de l’Etat, Paul Mwilambwe et son avocat sénégalais, maître Dimingo Dieng, espèrent que la justice va changer d’attitude avec l’arrivée de Félix Tshisekedi. Mais le temps presse. Le témoin oculaire de l’affaire Chebeya craint pour sa sécurité et change de logement tous les trois mois. Par deux fois, il a failli être enlevé.

Pour son avocat, maître Domingo Dieng, l’Etat sénégalais du doit assurer sa sécurité et la justice enfin le juger : « Nous déposons plainte pour menace, tentative d’assassinat. Nous craignons qu’il y ait des menaces sur sa vie. Vous le savez, depuis qu’il est à Dakar, il vit dans la clandestinité. Parce qu’il y a d’abord une première fois des gens sont venus jusqu’à Dakar pour tenter de l’enlever.

Il est vraiment inquiet. Il est obligé de se cacher, j’allais dire de se terrer, parce que sa vie est tous les jours en danger. Ce que nous aurions souhaité, nous, c’est que la procédure soit accélérée et que justice lui soit rendue. Paul Mwilambwe dira ce qu’il pense. Il pourra être jugé sur pièces et son innocence va éclater au grand jour ».

 

 

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Activiste Militant Résistant

Ma cause est bel bien fondée, vu la situation actuelle et les circonstances tragique que vivent les Congolais au quotidien ne me laisse pas le choix. Je milite pour mon pays jusqu'à ce que le peuple congolais devient bénéficiaire de ce qui lui revient de droit. Marre du système en place "la Kabilie" Une alternance négociée n'est qu'ultime humiliation" Félix Tshilombo un président nommé

One Comment

  1. Le 1er juin 2010, le directeur exécutif de la VSV avait rendez-vous avec le général Numbi alors patron de la police nationale.

    L’activiste des droits humains voulait demander, de vive voix, à son interlocuteur d’examiner la possibilité « d’humaniser » les conditions carcérales dans les cachots administrés par la police.

    Chebeya et son accompagnateur sont tombés dans un véritable traquenard. Et pour cause?

    LE MASSACRE DES ADEPTES DE « BDK »

    Depuis l’accession de « Joseph Kabila » à la tête de l’Etat congolais le 26 janvier 2001, la VSV et son directeur étaient dans le collimateur des sicaires du nouveau pouvoir.

    Et ce pour avoir exigé non seulement la réouverture du procès sur la mort du président Laurent-Désiré Kabila mais aussi de mener une enquête indépendante sur l’assassinat de la dame Aimée Kabila.

    Celle-ci a été abattue à son domicile par des « hommes en uniforme ».

    Suite au double massacre des adeptes du mouvement politico-religieux Bundu dia Kongo (BDK) dans l’ex-province du Bas Congo, la VSV publia un rapport pour le moins accablant.

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